Les promenades en mer depuis le port d'Ajaccio, quelles destinations choisir?
Ajaccio, la
ville Bonaparte, s'étend le long d'une rade à la géométrie presque parfaite, un
golfe protégé par des collines verdes, un littoral qui dessine une ligne élégante
entre terre et mer. Le port, depuis des siècles, a été le cœur de cette ville, les
pêcheurs, les marchands, les voyageurs y ont tous trouvé leur place. Mais c'est
depuis la mer que la capitale de la Corse révèle son visage le plus saisissant.
Une promenade en mer depuis Ajaccio, c'est une invitation à voir autrement, à
découvrir les Îles Sanguinaires dans leur lumière la plus flatteuse, à observer
les dauphins qui jouent dans les eaux du golfe, à longer les falaises de la
Corniche et à trouver des plages introuvables depuis le rivage. Dans ces pages,
nous vous accompagnons à travers les cinq promenades maritimes les plus belles
au départ du port d'Ajaccio.
1. Les Îles Sanguinaires, les sentinelles rouges à l'entrée du golfe
À peine
a-t-on quitté le port d'Ajaccio que le panorama commence à se révéler. Le golfe
s'ouvre devant soi, ses eaux d'un bleu profond qui changent de teinte à mesure
que le fond marin descend, et à l'horizon, là où le golfe rencontre la pleine
mer, quatre îles surgissent comme des éclats de terre rougie. Ce sont les Îles
Sanguinaires, un nom qui ne fait aucune concession à la poésie, tant il est
évocateur. Ces rochers de granite rouge, teintés par les lichens et par la
lumière du couchant, sont devenus le symbole vivant du paysage ajaccien.
La promenade vers les Sanguinaires reste l'une des plus populaires au départ du port, et pour cause. Le trajet dure à peine une demi-heure, mais il suffit à changer entièrement l'angle de vision. Depuis le bateau, on aperçoit d'abord la grande île, celle qui abrite le phare, construit au XIXe siècle pour guider les navires dans ces eaux parfois agitées. Le phare blanc tranche sur le granite sombre, une silhouette simple et poignante qui a guidé des générations de marins. À mesure que le bateau contourne l'île, les autres éléments de l'archipel se révèlent, des rochers plus petits, recouverts de mousses et de plantes sauvages, où les oiseaux marins nichent dans une tranquillité totale.
Ce qui
fascine, dans cette balade, c'est la façon dont la couleur des îles change
selon la position du soleil. Le matin, dans une lumière douce et horizontale,
les rochers sont d'un orange qui tend vers l'ocre. À midi, ils se font plus
sombres, presque pourpres. Mais c'est au coucher du soleil que les Sanguinaires
méritent vraiment leur nom, la lumière du soir les enveloppe dans un rouge
incandescent qui se reflète sur l'eau comme un ruisseau de lave. Ce spectacle a
inspiré des écrivains, des peintres et des photographes depuis des décennies.
La faune
marine autour de ces îles est également remarquable. Les eaux sont riches en
poissons, en oursis et en cétacés, il n'est pas rare, lors de cette sortie, de
voir un dauphin lever la tête à quelques mètres du bateau. Le capitaine local,
qui connaît ces eaux depuis toujours, saura vous indiquer les meilleurs moments
pour cette rencontre. Un matin calme, en juin ou en juillet, avec une
visibilité parfaite, ce sont les conditions idéales pour voir les Sanguinaires
dans toute leur majesté.
2. Les dauphins du golfe d'Ajaccio, une rencontre au fil des vagues
Il y a des
rencontres qui restent gravées dans la mémoire, celles où la nature vous offre
un moment d'intimité inattendu. Dans le golfe d'Ajaccio, cette rencontre porte
un nom, les dauphins. Une dizaine de cétacés, des dauphins à nez bouqué, pour
être précis, sillonnent régulièrement ces eaux, jouant dans le sillage des
bateaux, plongeant avec grâce sous la surface avant de réapparaître quelques
secondes plus tard, comme pour rappeler leur présence.
Les
croisières d'observation des dauphins partent du port, principalement en juin,
en juillet et en août, mais aussi en septembre quand les eaux sont encore
chaudes et la mer tend à rester plus plane. Les capitaines qui organisent ces
sorties connaissent les habitudes de ces animaux, ils savent où ils sont
susceptibles de se nourrir, à quelle heure ils apparaissent le plus
fréquemment, comment positionner le bateau pour ne pas les effrayer.
Le protocole est simple. On monte à bord, on s'installe sur le pont, et on observe. Le regard erre sur la surface de l'eau, cherchant les premiers signes, une dorsale qui affleure, une éclaboussure à l'horizon, un changement imperceptible dans le rythme des vagues. Et puis, soudain, un dos émerge. Puis un autre. Les dauphins arrivent en groupe, glissant dans l'eau avec une légereté que la nature n'accorde pas à tous ses êtres. Les points de rencontre varient selon les saisons et selon les comportements de ces animaux, mais le capitaine, qui suit leur trajectoire depuis des années, sait instinctivement où les chercher.
Pour les
voyageurs qui viennent à Ajaccio avec des enfants, cette excursion demeure une
constante dans les souvenirs. Les yeux s'écarquillent, les doigts pointent vers
la mer, et pendant quelques minutes, parfois davantage, le monde se rétrécit
jusqu'à cette surface bleue où des êtres vivants dansent. C'est un moment de
pur émerveillement, sans filtres ni intermédiaires.
Il faut
cependant tempérer les attentes, les dauphins sont des animaux libres, et leur
apparition n'est jamais garantie. Les capitaines sont honnêtes à ce sujet, et
ceux qui proposent ces croisières ne vendent jamais une promesse qu'ils ne
pourront pas tenir. Le golfe d'Ajaccio n'est pas un aquarium, et c'est
précisément ce qui rend cette rencontre si précieuse. Quand elle arrive, elle
arrive comme un don, et le souvenir qu'elle laisse demeure longtemps après le
retour à terre.
3. La Corniche vue de la mer, Ajaccio sous un regard renouvelé
Pour
connaître une ville, il faut parfois la regarder de loin. Ajaccio, vue depuis
le golfe, offre un spectacle d'une cohérence remarquable, les toits d'ocre, les
façades blanches et le clocher de la cathédrale forment un panorama qui a à la
fois la grâce d'une ville méditerranéenne classique et le caractère singulier
d'une capitale insulaire. La promenade le long de la Corniche, cette falaise
qui borde le littoral occidental de la ville, est une façon de redécouvrir
Ajaccio comme pour la première fois.
Le parcours ne dure guère une heure, mais il suffit à transformer le regard. On longe d'abord le port, où les voiliers sont amarrés dans la torpeur matinale, puis on dépasse les premiers bâtiments qui descendent jusqu'à la mer. La route qui surplombe la falaise, la Corniche elle-même, semble suspendue dans l'espace, vue depuis l'eau. En été, on peut apercevoir les baigneurs sur les petites plages qui s'intercalent entre les rochers, des points de couleur vifs sur un fond de pierre claire.
À mesure que
le bateau avance vers le sud, la ville cède la place à un littoral plus
sauvage. Les falaises s'élèvent, les rochers se font plus sombres, et la
végétation, maquis, lentisques, genévriers, prend la parole. C'est ici que le
golfe d'Ajaccio révèle sa nature double, civilisée d'un côté, préservée de
l'autre.
Les guides qui accompagnent cette sortie rappellent souvent l'histoire de la ville. Ajaccio, patrie de Napoléon Bonaparte, a été le théâtre de nombreux épisodes historiques, fondée par les Génoïs au XVe siècle, elle n'est passée aux mains des Français qu'en 1768, à peine un an avant la naissance de l'Empereur. Depuis la mer, ces histoires prennent une dimension spatiale, on voit les fortifications, les tours de garde, les ports successifs qui portent en eux l'empreinte de toute l'histoire de la ville. Et au-delà, vers l'est, les crêtes de la montagne ferment l'horizon comme un rideau de toile, rappelant que cette île de la mer est aussi une île de la terre.
4. Les plages secrètes du golfe, là où le sable rencontre la solitude
Certaines
plages ne se trouvent pas sur les cartes touristiques. Elles se cachent dans
les replis du littoral, derrière des falaises qui les protègent du regard, et
ne sont accessibles qu'en bateau, ou à pied, après un long sentier qui serpente
à travers le maquis. Ce sont ces plages que les promenades en mer depuis
Ajaccio permettent de toucher.
Le golfe en
regorge. Au-delà de la Corniche, le littoral se multiplie en anses, en
calanques et en cotes rocheuses où, parfois, un ruban de sable fin apparaît
entre deux rochers. Ces plages sont multiples, les calanques vers La Parata,
les coves aux abords des Sanguinaires, les anses cachées entre les promontoires
du golfe, autant de poches de paradis où le bruit s'efface et où la mer,
protégée par les falaises, se fait d'un bleu parfait.
La sortie typique de ce genre consiste à partir le matin du port d'Ajaccio à bord d'un petit catamaran ou d'un bateau à fond transparent, de longer le littoral pendant une heure ou deux, puis de s'arrêter dans une crique pour descendre à terre. On nage, on se bronze sur le sable, on grignote un pique-nique préparé à la dernière minute dans une épicerie du port. Le temps s'écoule autrement là, sur ces plages oubliées, plus lentement, plus doucement.
Pour les
amateurs de snorkel, ces coves sont un terrain de jeu idéal. L'eau, dans ces
zones protégées, est souvent d'une clarté exceptionnelle, on aperçoit le fond à
plusieurs mètres de profondeur, les pierres couvertes d'algues vertes, les
poissons qui naviguent entre les rochers avec une insouciance totale. Les
posidonie, ces herbes marines qui forment des prairies sous la surface, sont
particulièrement belles ici, témoins de la bonne santé du milieu marin.
Un détail
qui compte, ces sorties vers les plages secrètes sont souvent proposées en
petit comité, avec au plus une dizaine de passagers. C'est ce qui leur confère
un caractère intimiste. Le capitaine connaît les anses, il sait où le sable est
le plus doux, où la brise soufflera le moins fort. Il ne guide pas simplement, il
partage. La meilleure période pour ces sorties reste celle de juin à août,
quand la mer est calme et les journées longues, mais les amateurs de solitude
préféreront peut-être le début septembre, quand les foules s'allègent et que la
lumière devient plus dorée.
5. Le coucher de soleil depuis le golfe, un spectacle lumineux sur l'eau
Il existe un moment de la journée où Ajaccio change de visage. C'est la fin d'après-midi, quand le soleil commence à descendre vers l'horizon occidental, et quand sa lumière, devenue plus horizontale et plus chaude, transforme tout ce qu'elle touche en or. C'est ce moment que les croisières du coucher de soleil cherchent à capturer, et elles réussissent rarement à le manquer.
Ces sorties
partent du port en fin d'après-midi, vers 18h en été, à bord de petits bateaux
aménagés pour cette occasion, un verre de champagne, des petits canapés, une
musique douce en fond sonore. L'accent est mis sur l'atmosphère, mais c'est la
nature qui reste la vedette. Le bateau quitte le port, gagne le golfe, et se
positionne face à l'ouest, là où le spectacle va se donner.
Le coucher
de soleil sur le golfe d'Ajaccio est un événement qui mérite son nom. Les
collines qui bordent le littoral occidental créent un cadre naturel qui
intensifie les couleurs, le ciel passe du jaune au rose, puis au pourpre,
tandis que la surface de l'eau multiplie ces teintes en une infinité de reflets
qui changent au fil des minutes. Les Îles Sanguinaires, à l'entrée du golfe,
deviennent ce soir-là d'un rouge qui n'a pas de nom, une couleur inventée par
la nature, qui ne se répète jamais exactement de la même façon.
Pour les voyageurs solitaires ou les couples qui cherchent un moment de grâce dans leur séjour à Ajaccio, cette croisière est une perle. Il n'y a rien à faire, sinon être présent, regarder, ressentir, laisser le temps passer. La conversation, quand elle arrive, est naturelle et calme, ce n'est pas une fête, c'est un recueil. Les passagers restent souvent silencieux pendant les dernières minutes avant que le soleil ne touche l'horizon, parce que le spectacle suffit à les garder suspendus.
Un moment
s'écoule, celui où le dernier rayon disparaît et où le ciel n'est plus tout à
fait jour ni tout à fait nuit. On reste immobile, comme suspendu entre deux
mondes, et le bateau lui-même semble hésiter avant de reprendre sa route vers
le port. Le retour se fait dans la semi-obscurité, les derniers reflets de
lumière qui s'effacent progressivement sur l'eau. Les lumières de la ville
commencent à s'allumer, une par une, et Ajaccio reprend son rôle de capitale, mais
plus doucement, plus tendrement, comme si la nuit lui avait donné une
permission qu'elle n'avait pas demandée.
Ajaccio, une mer à vivre
Le port
d'Ajaccio n'est pas simplement un lieu de départ, c'est un seuil. Un seuil vers
le golfe, vers les îles, vers cette mer qui entoure la Corse de tous côtés et
qui lui donne sa lumière particulière. Les cinq promenades maritimes que nous
vous avons présentées ne sont qu'une fenêtre sur ce que cette rade peut offrir,
mais elles sont parmi les plus mémorables, celles qui restent gravées bien
longtemps après le retour à terre.
Ajaccio en vacances, se vit à 2 vitesses celle de la ville, active et colorée, et celle de la mer, lente et apaisante. Pour en ressentir la vraie richesse, il faut quitter le rivage, monter à bord, et laisser le golfe vous parler. Une fois, puis une seconde fois, puis peut-être une troisième. Parce que cette ville, cette mer, n'a pas fini de vous surprendre.








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